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Effrayer le monde pour renforcer l'Amérique : la mise en garde d'Aidan Gomez

Depuis quelques jours, les discours alarmistes tenus par certains dirigeants de l’intelligence artificielle américaine relancent une question sensible : cherche-t-on vraiment à protéger l’humanité, ou à consolider une domination économique ? Derrière la formule « effrayer le monde pour renforcer l’Amérique », c’est tout un débat sur la concentration du pouvoir technologique qui refait surface, porté par une voix venue du Canada.

Une question qui dérange venue de Cohere

Face aux mises en garde répétées émises par les géants américains de l’IA, Aidan Gomez, PDG de l’entreprise canadienne Cohere, a choisi de répondre par une interrogation directe : une poignée d’entreprises dominantes issues de la Silicon Valley devrait-elle fixer, seule, les règles et les normes de sécurité d’une technologie censée transformer le monde entier ? Cette question, posée publiquement, résume l’essentiel du désaccord qui oppose aujourd’hui certains acteurs plus périphériques du secteur aux poids lourds américains.

Cohere, une troisième voie revendiquée

Basée à la fois au Canada et en Europe, Cohere se présente de plus en plus comme une alternative aux deux blocs dominants de l’intelligence artificielle, ceux développés respectivement en Chine et aux États-Unis. Cette position géographique et stratégique donne un relief particulier aux propos d’Aidan Gomez, qui n’a rien à gagner directement à défendre les intérêts des géants américains du secteur.

Le soupçon d'un cartel déguisé en protection

Pour Aidan Gomez, les campagnes de peur observées récemment ne relèveraient pas uniquement d’une inquiétude sincère. Selon lui, sous couvert de protéger le public, « ces oligopoles demandent maintenant qu’on plie les règles de la concurrence et de pouvoir dicter les termes pour tout le monde ». Il va jusqu’à parler d’« une histoire de loup déguisé en agneau, un cartel sous un autre nom », une formule qui illustre la méfiance envers les motivations réelles de certains discours sécuritaires.

Un encadrement oui, mais indépendant

Le PDG de Cohere ne rejette pas l’idée d’une régulation de l’intelligence artificielle. Il en est même partisan, à condition que cet encadrement soit indépendant des acteurs qu’il est censé superviser. Il rappelle que, par le passé, les États ont fini par imposer des cadres réglementaires à des secteurs entiers comme la Bourse et la finance, le secteur pharmaceutique ou encore l’automobile, sans pour autant que ces règles soient dictées par les entreprises dominantes elles-mêmes.

L'exemple de l'automobile européenne

Aidan Gomez s’appuie notamment sur l’exemple du secteur automobile européen pour illustrer son propos. Selon lui, il est possible de maintenir des normes de sécurité strictes sans pour autant accorder aux acteurs déjà en place une forme de monopole sur les règles du marché. Cette référence sert à démontrer qu’une régulation rigoureuse et une concurrence ouverte ne sont pas incompatibles.

Quels risques évoquent réellement les géants américains ?

Quand des chercheurs et des dirigeants issus d’entreprises comme Anthropic et OpenAI qualifient leur propre technologie de menace pour la civilisation, la nature exacte de cette crainte mérite d’être précisée. Selon Simon Blanchette, chercheur à la faculté de gestion Desautels de McGill, ces acteurs redoutent avant tout une perte de contrôle dans des secteurs critiques de l’économie et de la santé mondiales.

Simon Blanchette explique que ce scénario commence concrètement par une situation où l’intelligence artificielle serait laissée libre de s’améliorer elle-même, sans intervention humaine suffisante. C’est cette dynamique d’autoamélioration non supervisée qui constituerait, selon les craintes exprimées, le point de bascule vers une perte de maîtrise plus large.

Ce que cela change pour le lecteur

Ce débat, qui peut sembler éloigné des préoccupations quotidiennes, touche en réalité à la manière dont les futures règles de l’intelligence artificielle seront écrites, et par qui. Il est utile de garder à l’esprit certains repères pour suivre ces annonces avec discernement :

  • Distinguer les avertissements fondés sur des risques techniques précis des discours qui servent aussi des intérêts commerciaux.
  • Se rappeler que la régulation d’un secteur ne doit pas nécessairement être écrite par les entreprises qu’elle encadre.
  • Observer si d’autres acteurs, comme Cohere, proposent des alternatives concrètes plutôt que de simples mises en garde.
  • Suivre l’évolution des cadres réglementaires déjà appliqués à d’autres industries pour comparer les approches envisagées pour l’IA.

Conclusion

La controverse soulevée par Aidan Gomez met en lumière une tension de fond dans le développement de l’intelligence artificielle : celle entre la nécessité réelle d’un encadrement et le risque que ce cadre soit façonné au bénéfice des acteurs déjà dominants. Entre les craintes légitimes évoquées par des chercheurs comme Simon Blanchette concernant une perte de contrôle technologique, et les soupçons de stratégie commerciale déguisée en prudence, le débat reste ouvert. Ce qui semble certain, c’est que la question de savoir qui écrira les règles de demain restera au cœur des discussions sur l’avenir de l’intelligence artificielle.